Un chauffeur de taxi, arrêté avenue Mohamed V, semble tout à fait ordinaire. Courtois, il s’arrête à une distance respectable pour prendre deux clients. Tout laisse présager une course agréable.
Cependant, la situation prend une tournure inattendue près du rond-point de l’horloge. Les deux passagers, discutant d’un pénalty non sifflé lors d’un match de football, sont surpris par la réaction du chauffeur : « Je ne regarde pas le football ».
Sur la route de la Goulette, les deux fonctionnaires entament une nouvelle discussion, traitant de la guerre.
Dans un élan nationaliste à la mode, l’un d’eux lance : « Si Saddam était vivant, il balancerait ces missiles sur Israël », le second appuie : « Il en a lancé 99 puis a défié les Arabes s’ils seraient capables d’en lancer un seul ! ».
Le chauffeur de taxi répond : « Ce n’est pas juste, il a lancé 42 missiles scud uniquement pour fracturer la coalition anti-irakienne et rallier des pays arabes, 42 missiles qui n’ont causé que des maigres dégâts matériels. »
Les deux clients comprennent déjà qu’ils sont en présence d’une personne louche, mais c’est le dernier sujet qui bouleverse la course en garde à vue. En effet, à l’approche de la zone urbaine côtière, Si Abdelazziz, fonctionnaire au ministère de l’agriculture Alain Savary, deuxième étage à droite, précise-t-il (en préférant garder l’anonymat), poursuit le récit : « La fille était en minijupe, en bas et on voyait son nombril en haut ! Cela expliquerait la chaleur caniculaire ! C’est évident, c’est écrit dans le Coran. »
Mais là encore, le chauffeur de taxi les prend à contrepied et explique un changement climatique, effet de serre et émissions de carbone.
Convaincus d’avoir affaire à un imposteur, les passagers profitent de la présence d’une patrouille de police pour arrêter la course et dénoncer le chauffeur.
Après vérification, le chauffeur se révèle être un étudiant en deuxième année de droit et n’a effectivement pas de licence.
Le syndicat des chauffeurs de taxi, touché dans le vif par l’incident, décide d’augmenter le tarif au kilomètre et le droit de demander aux clients de nettoyer leurs véhicules en cas de besoin.